Archives pour la catégorie PLONGEES EN MER ROUGE

VOYAGE AU PAYS DES EPAVES

 

VOYAGE AU PAYS DES EPAVES

 

O combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines
Dans ce morne horizon se sont évanouis!
Combien ont disparus, dure et triste fortune!
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Dans l’aveugle océan à jamais enfouis!

Victor Hugo

Septembre 2008, j’embarque sur le Nemo, au port de Safaga, pour une croisière intitulée « Naufrages en Mer Rouge », avec l’éminent François Beaumont, cinéaste, passionné et découvreur d’épaves.  Pendant une semaine, nous avons silloner la Mer Rouge afin de visiter les épaves les plus prestigieuses de Mer Rouge.

Chaque plongée était précédée d’un briefing sous forme de film sur l’histoire du bateau, tous les détails de tonnage, moteur, cargaison, circonstance du naufrage… par François Beaumont puis d’un briefing plus technique sur la plongée et ses paramètres, ce qu’il y avait à voir sur l’épave par Marc, notre moniteur.

Il y a deux semaines, lors du voyage précédent avec d’autres plongeurs, la tempête s’était levée et de nombreuses plongées avaient du être annulée  mais cette semaine, nous avons de la chance, peu de vent, pas de courant et de très bonnes conditions météo.

Notre première plongée est pour le Miniya, dragueur de mines de 58 m.

Epaves du Miniya, Hurghada

Les dragueurs de mines « nouvelle génération »ont été construits vers 1948 par l’Union soviétique. Ils étaient doté d’armements divers, mines, grenades anti-sous-marines et deux mitrailleuses lourdes. Le Miniya fut racheté par l’Egypte.

Epave du Miniya

Pendant la guerre des six jours, guerre israélo-arabe, le Miniya fut bombardé par les Israéliens à l’extérieur du port d’Hurghada en juin 1967.

Epave du Miniya

L’épave du Miniya repose sur un fond de 30 m dans un très bon état de conservation. Cette épave étant récente, il y a peu de concrétions. Nous remontons ensuite la Mer Rouge en direction du canal de Suez. Nous arrivons dans le détroit de Gubal où de nombreuses épaves gisent au fond de l’eau. Le bateau jette l’ancre au Nord de l’île de Shadwan. Nous allons plonger sur l’épave mythique du Carnatic.

Ce navire mixte, voile et vapeur a été lancé en 1862 à Londres.

Septembre 1859, le navire transportait des passagers et une cagaison variée (balles de coton, cuivre, courrier) ainsi que …40.000 £ sterling or !

Carnatic

Venant du canal de Suez et se rendant en Inde, il passa trop près des îles de Gubal et heurta violemment le récif pendant la nuit. Les passagers ne furent pas tout de suite évacués sur les canots de sauvetage car le commandant avait confiance dans la solidité de son navire. Les passagers et membres d’équipage ont été évacués le lendemain mais trop tard pour une trentaine d’entre eux qui périrent, submergés par une vague. Les autres passagers, embarqués sur les chaloupes de sauvetage ont été sauvés par un navire qui passait dans les parages.

Epave du Carnatic_ ambiance

La compagnie organisa une expédition pour récupérer la marchandise du Carnatic et en particulier les livres sterling. La plus grande partie fut récupérée puis les plongeurs locaux travaillèrent pour leur propre compte. Cette épave est majestueuse. La traversée dans la coque le long des membrures décorées d’éponges et de coraux multicolores est unique et poignante. Très belle épave, à visiter absolument !

Fleurs de corail sur l'épave de Carnatic

Le bateau de plongée se dirige vers les îles de Gubal et nous plongeons  sur le Rosalie Moller, cargo de 108 m de long.

Proue du Rosalie Moller

Construit en Ecosse , il est lancé en 1910. En 1938, les tensions internationales sont très fortes et le navire risque d’être réquisitionné. En 1941, il doit ravitaller Malte en charbon, en passant par le Cap de Bonne Espérance et le Canal de Suez car la navigation en Méditerranée est trop dangereuse.

Septembre 1941; après une courte escale à Aden, il doit mouiller au point H en Mer Rouge près des Iles de Gubal. »Normalement », aucun avion enneni n’est sensé l’atteindre à cette distance des côtes européennes. Mais les Heinkel 111 allemands ont changé leur armement pour un plus léger ce qui leur permet de s’éloigner encore plus de leurs bases. Le 7 octobre 1941, une torpille atteint de navire qui coule sur un fond de 50m.

Rosalie Moller

Cette plongée profonde (50m) ne peut pas durer très longtemps (20 mn maxi) pour éviter des paliers trop longs. L’eau est chargée en particules et verte. De nombreux bancs de petits poissons tournent autour du mat encore dressé au dessus de l’épave. Elle n’est pas très riche en animaux fixés mais de très nombreuses comatules apparaissent sous les membrures métalliques. 

Rosalie Moller

Nous restons dans le détroit de Gubal pour plonger sur l’épave du bateau Ulysse, navire vapeur mixte. Il fut lancé en 1871 en Angleterre et naviguait souvent en Mer Rouge. En 1877, son commandant traverse la Mer Rouge pour la première fois. Cela fait vingt ans qu’il navigue, il est sûr de lui. Il se retire dans sa cabine…Le navire heurte un récif du détroit de Gubal.  Avec difficultés, les cales du navire sont vidées de leurs marchandises. Le bateau, qui a subit beaucoup de dommages, coule entre 5 et 27 m de fond.

Ulysse

 L’épave est partiellement détruite et l’armature apparente sert de supports à de nombreux coraux et éponges.

Epave du Ulysse

Le temps est beau et nous traversons le détroit de Gubal sans problème particulier. Nous arrivons sur l’épave du Thistlegorm qui veut dire « chardon bleu » en gaëlique.

Qui plonge en Mer Rouge se doit de plonger sur cette épave prestigieuse. Ce cargo de 126 m de long a été lancé en avril 1940.

Thislegorm tribord avant

En 1941, le Thistlegorm est chargé en Angleterre de matériel de guerre varié pour ravitailler Alexandrie. La Méditerranée étant dangereuse en ces temps de guerre, le navire contourne les côtes de l’Afrique puis arrive en Mer Rouge.

Thistlegorm  mitrailleuse lourde

Les raids aériens allemands étant abondants, deux navires entrés en collision obstruent le canal de Suez pendant plusieurs mois.  En attendant, le navire mouille au point « F ». Ce point est « normalement » hors d’atteinte de l’aviation allemande pour les mêmes raisons qu’avec le Rosalie Moller.

Thistlegorm paravane

Cependant, les allemands, croyant que le Queen Mary naviguait (transport de troupes) en Mer Rouge, ont tout fait pour améliorer leur rayon d’action …et ils ont réussi. Ils devaient couler ce navire emblématique.

Thistlegorm arriere

Ils ont pris le Thistlegorm pour le Queen Mary. En fait, le Queen Mary n’était pas en Mer Rouge à cette époque.

6 octobre 1941, une attaque foudroyante en pleine nuit . Le navire est en flammes et compte tenu de toute la cargaison de munitions qui est transportée…Les explosions sont fatales au navire qui coule sur un fond de 31 m.

Thistlegorm  helice

Les conditions ne sont pas toujopurs favorables pour visiter cette épave. Depuis  que je voyage en Mer Rouge, j’ai eu quatre occasions de plonger sur le Thistlegorm et c’est la première réussie. Pas de vent, pas de courant, une eau claire et chaude… Que demander de plus ?

Avant du Thistlegorm

Dans cette épave, les mémoires de guerre : on peut rester une heure à la visiter car il y a tant de choses à voir !

Thistlegorm char leger

La mitrailleuse lourde, à l’arrière du navire, les chars, les camions (Ford…), les caisses de fusils, les canons, les obus, les remorques, les motos (Norton…), les bottes, les pneus…

Thistlegorm coque éventrée

L’impression laissée par cette épave est très forte. Une eau claire permet d’avoir une vue large sur le bateau, avec sa très riche cargaison, les toles tordues par les explosions, et si on cherche bien, un casque coincé entre deux tôles laisse beaucoup d’émotion. Souvenirs de guerre…

Notre bateau de plongée se dirige vers la pointe du Sinaï et nous plongeons sur l’épave du Dunraven. Ce navire mixte voile et vapeur, lancé en Angleterre en 1873 naviguait sur la route des Indes. En avril 1876, au retour des Indes, le navire remontait la Mer Rouge en direction du golfe de Suez. Pendant la nuit, à la suite d’une erreur de manoeuvre, le bateau heurte violemment le récif. La cargaison prend feu. Le navire chavire et se pose à l’envers au pied du récif.

Dunraven

L’épave du Dunraven est souvent visitée par les plongeurs. Ce n’est pas ma préférée. Il y a quelques alcyonaires très colorées et fréquemment des poissons napoléons qui fréquentent les parages.

Nous avons vu la plupart des épaves du nord de la Mer Rouge et nous allons faire route vers le sud afin de découvrir les épaves des Iles des Brothers.

Phare sur l'île de Big Brother, Mer rouge 2008

Ces îles, ce sont deux « frères », l’un plus grand que l’autre , Big Brother et Little Brother. Sur Big Brother, il y a un phare. Du haut du phare, on peut observer le petit frère, et surtout le récif qui tombe à pic le long de ces deux petites iles, terriblement isolées. L’accès à ces îles est réputé difficile tant par la force du vent que par le courant.

L’Aïda, construit en France est lancé en 1911 à Nantes. Il navigue pour le compte de l’administration des ports et phares d’Egypte.

Septembre 1957, le bateau approvisionne la garnison et assure la relève des soldats égyptiens. Il fait mauvais temps et pendant la manoeuvre, le bateau est drossé sur les rochers. Il coule presque immédiatement.

Aïda

Notre plongée sur l’épave de l’Aïda se fait dans des conditions idéales. Le tombant est vertical et l’épave est fortement inclinée. Elle repose entre 12 et 60 m. L’épave est très concrétionnée et c’est un véritable bouquet de fleurs multicolores.

Aïda

La plupart de ces photos d’épaves sont réalisées sans flash ce qui rend bien l‘atmosphère mais qui ne rend pas compte des couleurs bien visibles même à 50 m.La plongée de l’après midi se fait à quelques dizaines de mètres de la précédente, sur l’épave du Numidia. Elle est tout aussi fleurie que l’Aïda.

Numidia

Ce cargo britanique a été lancé en 1901. En juillet 1901, il transporte 7000 tonnes de cargaison pour les Indes (dont du matériel de chemin de fer). Il emprunte le canal de Suez et franchit de dangereux détroit de Gubal sans encombre.

Numidia

Le bateau de plongée appareille maintenant vers le petit frère Little Brother.

Nous plongeons  mais cette fois ci, ce n’est plus pour voir des épaves mais les requins. Nous avons été gatés, requins gris et requins marteaux sont venus nous voir. Clic clac Kodak ! 

Nous rejoingnons le port de Safaga et pour notre dernière épave, plongeons sur le Salem Express. Son naufrage récent est encore dans nos mémoires.

Construit dans les chantiers français de La Seyne sur mer, il est lancé en 1964. Ce car-ferry, il assure la liaison avec la Corse.En 1976, il bat pavillon danois en assure la liaison Dunkerke-Ramsgate. Il est racheté par l’Egypte en 1981.

Salem Express

Décembre 1991, pendant la nuit, le ferry lancé à pleine vitesse heurte un récif qui déchire le flanc tribord. Le Salem Express dérive et coule en dix minutes. C’est si rapide que les chaloupes de sauvetage ne peuvent pas être détachées. L’épave repose par 32 m de fond.

salemexpress2.jpg

J’ai eu plusiers fois l’occasion de plonger sur cette épave mais au début, je ne voulais pas. Trop récente, trop d’actualité. Cette fois, j’ai plongé et je n’ai pas regretté.  De toutes façons, même si le « ventre » du bateau est maintenant ouvert car les scellées ont dû lacher, cela reste un sanctuaire.

Salem express

Donc, de l’extérieur, on se rend compte de l’immensité du paquebot , des chaloupes juste en bas, qui n’ont pas pu servir.

Salem express

Cette tourelle est désormais habitée par les coraux qui s’implantent facilement, trouvant sut l’épave un lieu satisfaisant à ses exigences, de l’eau chaude, transparente et un support solide, dans peu de profondeur donc avec suffisamment de lumière.

Salem express

Comme pour sauver les derniers passagers, cette échelle s’étire vers la surface.

Salem express

Un plongeur se dirige vers l’avant de l’épave.

Salem express

Le choc sur le récif à faussé la porte avant du bateau. Sur cette photo, ne dirait-on pas que ce bateau nous sourit ?

Ce voyage au pays des épave se termine. J’espère qu’il vous a plu. N’hésitez pas à m’envoyer des commentaires. Je vous répondrai.

Références : Naufrages en Mer Rouge, François Beaumont

 


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