PORTRAIT D’UN PREDATEUR: ACANTHASTER

PORTRAIT D’UN PREDATEUR : ACANTHASTER

 

Acanthaster plancii ,Phuket Thaïlande 2007

Acanthaster à Phuket

Acanthaster plancii, « l’étoile de mer dévoreuse de récifs », est une étoile massive qui vit dans les zones tropicales de l’Indo-Pacifique. Elle possède un disque central très large. Elle porte de 9 à 23 bras et les épines accérées qui la recouvre peuvent atteindre 6 cm.

Sa taille est déterminée par sa consommation plutôt que son âge, son diamètre peut atteindre 60 cm et elle peut peser 3 kilos. Elle est donc énorme.

Elle se déplace à l’aide d’organes locomoteurs très efficaces, les podias, terminés par des ventouses.

Sa répartition varie avec le temps mais elle est présente dans tout l’Indo-Pacifique tropical, de la Mer Rouge à l’Est du Pacifique en passant par l’Océan Indien.

Ses épines sont venimeuses pour l’homme. Elles contiennent un venin puissant (saponines) qui provoquent à la piqûre une douleur violente suivie de vomissements qui peuvent durer plusieurs jours. Une réaction allergique se produit aussi.

Acanthaster 

Acanthaster à Mooréa

La reproduction est sexuée. Cette étoile de mer possède une forte fécondité, de plus elle possède un fort pouvoir de régénération.  Elle pond de 12 à 24 millions d’oeufs par femelle et sa maturité sexuelle est atteinte dès l’âge de 2 ans. Les gamètes males et femelles sont émis simultanément dans l’eau. Les larves ont un stade planctonique pendant trois semaines. Emportées par les courants, elles peuvent coloniser les récifs jusqu’à 300 km de distance. Elles se nourrissent alors d’algues planctoniques (diatomées…).

Lorsqu’elle atteint 0,5 cm de diamètre, Acanthaster devient benthique et vit sur le récif. Sa nourriture est alors constituée d’algues ou d’éponges. Certaines observations à ce stade ont fait part de canibalisme.

En 6 mois, elle atteint 1 cm et devient juvénile. A ce stade, elle se nourrit alors de corail vivant. Elle préfère les eaux peu profondes et calmes des lagons. Elle est parfois observée sur les pentes externes des récifs dans les zones sans courant.

A l’âge de 2 ans, elle atteint 20 cm. Alors que les juvéniles sont nocturnes et sensibles à la lumière, les adultes se déplacent principalement pendant la journée.

Au stade juvénile, l’étoile a plusieurs prédateurs : le poisson globe, le baliste vert, le poisson napoléon et certains lutjans.

Poisson napoléon 

Poisson napoléon, Mer rouge

La longévité d’Acanthaster est de 5 ans dans le récif et jusqu’à 8 ans en laboratoire. Son âge peut se déterminer en étudiant les stries de croissance situées sur les épines.

Comme les autres étoiles de mer, elle est carnivore. Son régime alimentaire est constitué de corail, les madrépores. Elle broute les parties  vivantes, les polypes, ne laissant que le squelette.

Pour se nourrir, elle dévagine son grand estomac et secrète des enzymes digestives qui lysent et décomposent le corail. Acanthaster peut manger 5 à 6 m2 de corail pendant 6 heures mais elle peut aussi rester 9 mois sans manger.

Cette étoile bénéficie de l’absence de concurence et donc de compétition alimentaire avec d’autres animaux.

Acanthaster a pourtant un prédateur, le Triton Charonia tritonis. Cependant, ce beau coquillage est pêché, collectionnée car sa belle coquille est très recherchée.

Triton Charonia tritonis Moorea 2009

 Triton, Charonia tritonis

Une petite huitre (Pedum sponduloÏdeum) qui vit dans le récif protège le corail qui l’héberge contre ce prédateur en lui envoyant de violents jets d’eau afin de le déloger.

Acanthaster est très mobile et peut parcourir 20 m par heure sur du sable. Des scientifiques ont observé un groupe d’adultes qui s’est déplacé de 580 m en une semaine. L’activité d’Acanthaster est plutôt nocturne mais on peut aussi l’observer pendant la journée. 

Acanthaster plancii Maldives 1987 

Acanthaster, Maldives

Acanthaster est une habitante naturelle du récif lorsque sa densité est faible, c’est à dire de 1 à 15 individus par hectare. Dans ce cas, sa consommation varie de 5 à 13 m2 de corail. 

Lorsque le taux d’Acanthaster augmente, sa consommation devient supérieure à la capacité du corail à croître et se régénérer et il s’en suit une perturbation importante dans l’équilibre biologique du récif. Les dommages peuvent alors être dramatiques.

Au cours des explosions démographiques, Acanthaster a tendance à s’agréger. Il semblerait que les coraux affaiblis par l’étoile les attirent en sécrétant des substances chimiques.

Acanthaster envahit notamment les récifs riches en Acropora et Pollicipora mais aussi en gorgones, algues ou moules si  »son corail préféré » n’est pas accessible. Elle a la capacité de reconnaître ce qu’elle a déjà consommé et de marquer ainsi des préférences gustatives. Il s’ensuit donc une mortalité sélective qui pertube la biodiversité du récif entier. 

Ses préférences vont vers les grandes tables d’Acropora.

Acropora, Mer Rouge 1998 

Acropora, Mer rouge

Les Porites possèdent des nématocystes virulents et présentent un support moins accessible à l’étoile.

Les Pollicipora présentent des surfaces de contact accessibles, de nombreux habitants, bien que petits par leur taille, défendent le corail. C’est le cas des crabes, crevettes ou encore petits poissons.

Acanthaster ne s’attaque pas au corail de feu, Millepora et l’on peut comprendre pourquoi, ni à d’autres genres comme Favia ou Montastrea.

Alors que les individus isolés montrent des préférences nutritionnelles nettes, cela varie lorsque les étoiles sont en groupe lors d’une explosion démographique. Elles peuvent alors détruire 90 % du récif jusqu’à 30 m de profondeur. Le retour à un état d’équilibre est atteint au bout de 10 à 15 ans. Par exemple, en Australie, la partie Nord de la Grande Barrière de corail a été envahit par Acanthaster et 80% du récif a été détruit en 1969 jusqu’à une 40 m de profondeur et a retrouvé son état « originel » vers 1981.

Lorsqu’une explosion démographique d’étoiles apparaît, elle est soudaine et simultanée dans plusieurs zones.

Pourquoi ces explosions démographiques apparaissent-elles ?

Une infestation soudaine se produit à la suite de changement environnementaux (salinité, température, nutriments…). Les invasions d’Acanthaster pourraient être des phénomènes naturels qui apparaissent régulièrement . On pourrait considérer dans le premier cas qu’Acanthaster réalise une régulation sur le récif de corail afin d’éviter la prolifération d’espèces invasives. Mais le stress induit par cette étoile de mer peut ne pas être le seul. Cela pourrait être une conséquence de la pression humaine, surpêche du Triton (Charonia tritonis), son principal prédateur, incidence de l’utilisation d’engrais, augmentation des constructions, déforestation…).

Avant l’invasion le récif est constitué de nombreux coraux et peu d’Acanthaster puis le nombre d’étoiles augmente au détriment du corail. Au pic de l’explosion, la quantité d’Acanthaster est très importante et la proportion de coraux récemment morts est importante. A la fin de l’explosion, la quantité de corail subsistant est très faible et la population d’Acanthaster diminue rapidement. Le corail repousse et le récif retrouve enfin un état d’équilibre.

Les explosions d’Acanthaster peuvent durer de 2 à 5 ans mais peuvent se prolonger jusqu’à 15 ans dans certains grands récifs comme la Grande Barrière de corail. Lorsque le récif est détruit, plusieurs cas de recolonisation peuvent se produire. Dans le meilleur des cas, un recouvrement corallien s’effectue mais le récif corallien ne retrouve son équilibre qu’au bout de 10 à 15 ans. 

Des alcyonaires, coraux mous peuvent recoloniser le récif. Si la destruction du récif est trop sévère, les algues prolifèrent surtout en cas d’augmentation en sels minéraux (nitrates, phosphates, sulfates…) de l’eau de mer. Les algues se développant plus  rapidement que les coraux, cette étape est peu réversible du moins tant que la concentration en sels demeure importante.

En Polynésie Française, de nombreuses zones ont été définies et sont surveillées sur plusieurs îles et les observations faites par les bénévoles dans 12 îles sont très précieuses. Les zones déterminées, les transects, permettent un suivi attentif et efficace des populations d’étoiles.

Depuis 2002, on note une augmentation de ces populations ainsi qu’une diminution de la couverture corallienne sur la pente externe de plusieurs sites.

L’homme doit-il intervenir pour réguler ces populations ?

Pour certains, cela devrait être systématique, pour d’autres, cela ne devrait se faire qu’en cas de pullulation de l’étoile de mer et de risque de destruction massive du récif.

Sur de nombreux récifs du Pacifique (Fidji, Samoa, Japon, Australie…) des actions de ramassages d’Acanthaster ont eu lieu et dans certains cas, les étoiles ramassées atteignaient 200 000 à 40 000 individus.

La collecte se pratique à l’aide d’un long bâton sur lequel le plongeur enfile les étoiles les unes après les autres. Ce travail est long et fastideux et le plongeur peut se blesser par piqûre.

L’injection de poison dans le corps d’Acanthaster a aussi été pratiqué à l’aide d’un fusil et d’une aiguille. Les substances chimiques utilisées étaient formol, acide acétique, sulfate de cuivre ou bisulfate de sodium. Bien sûr, ces produits se diluent dans la mer et peuvent nuire rapidement à la santé du récif tout entier.

Toute nouvelle substance chimique introduite peut avoir des effets désastreux sur l’ensemble de la communauté récifale. Mais ne faudrait-il pas agir avant sur les modifications chimiques de l’eau et diminuer les épandages d’engrais? Créer des centrales d’épuration afin que l’eau déversée dans la mer soit de meilleure qualité? Limiter les installations humaines ?

Les interventions humaines commencent par l’information de la population locale, le repérage des groupes d’Acanthaster, le suivi attentif de l’évolution de la situation.

Références : Doris, site de la FFESSM

Etude de Elodie Lagouy « Etat des lieux des étoiles de mer épineuses Acanthaster plancii en Polynésie française », 2007

0 commentaire à “PORTRAIT D’UN PREDATEUR: ACANTHASTER”


  1. Aucun commentaire

Laisser un commentaire


Mes albums récents

  • Album : CRÉATIONS MARINES
    <b>Creation-marine-3</b> <br />
  • Album : Orchidées d'Europe
    <b> orchis purpurea</b> <br />
  • Album : Mes patchworks sous-marins
    <b>tortue 55x60 </b> <br />

Catégories


TOP à l'Ouest ... The parad... |
divagations du coq et du ta... |
BOULBY & MOULFY IN NZ 2... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 19.000 km plus tard
| olivier au mexique
| pirisa s'évade